Marc Naimark's writing and interviews _____________________________________________________

Entendu sur @HomoMicro : L’année 2014 dans le sport LGBT et des sportifs LGBT

Posted in audio, FGG, Gay Games, Olympics, Outsports, sport by marcnaimark on 2015/01/04

equipefrance
Entendu lundi 29 décembre 2014 sur HomoMicro (audio ici)


Je propose un rétro sur l’année 2014 dans les sport LGBT et des sportifs LGBT, une année avec des coming out très remarqués. Ce qui suit est inspiré de la liste publiée par le site américain Outsports, qui recense 109 coming outs dans le sport sur 2014, soit une trentaine de plus que les 77 notés en 2013.

Sans les reprendre tous, je voulais évoquer surtout de l’impact que peuvent avoir ces coming out. Je pense notamment aux jeunes. Prenons l’exemple de Connor Mertens. C’est un joueur de l’équipe de foot américain de sa petite faculté. Il a fait un coming out réussi, mais surtout, il est devenu une ressource pour d’autres jeunes sportifs, un conseiller officieux. Outsports a fait le portrait de certains qu’il a conseillés, comme Alejandro Graterol, qui joue à l’équipe de baseball de son lycée, et qui a fait un méga coming out après avoir consulté Connor Mertens. Un autre, c’est Dawson Roscoe, membre de l’équipe d’athlétisme de son lycée au fin fond du Wyoming, qui doit déjà gérer une différence, puisqu’il est métis dans une petite ville 100% blanc.

On peut croire que comme il s’agit de jeunes issus du sport scolaire ou universitaire, les enjeux sont mineurs ; Or, ils peuvent être énormes, comme l’indique l’histoire de l’un des jeunes de la liste Outsports. Il s’agit de Matt Dooley, un joueur de tennis à l’équipe de la très catho Université Notre Dame. Il a fait son coming out, qui a reçu un gros soutien de la direction des sports de sa fac, qui a créé une vidéo de soutien. Surtout, dans son article dans Outsports, il parle de sa tentative de suicide lors de ses premières années à la fac, tellement il ne voyait pas d’issue à la contradiction qu’il percevait entre être sportif et homo. En fait, les enjeux sont énormes, sans doute autant que ceux des coming out plus spectaculaires.

Pour ceux-là, on pense par exemple à l’international de foot allemand Thomas Hiltzsperger, qui a profité de sa retraite pour faire son coming out. On peut reprocher cette attente, et je l’ai fait, mais il s’est vraiment engagé suite à cette retraite dans la lutte contre l’homophobie dans le sport.

Il y a eu des sportifs et sportives dans plein de pays, et dans plein de sports. Le nageur finlandais Pekka Liukkonen a fait son coming out juste avant les jeux de Sotchi, par solidarité avec les Russes opprimés. Un autre nageur, une des légendes du sport australien, Ian Thorpe, qui, après avoir refuté pendant des années les rumeurs sur son orientation, a fait son coming out, relatant lui aussi les troubles psychologiques qui l’ont affectés pendant ses années dans le placard.

Pour ce qui est des sports moins visible, on peut parler d’un faux coming out, car il faisait déjà partie de l’équipe de rugby gay de Sydney, les Sydney Convicts ; il s’agit de l’Australien Simon Dunn qui change de sport, avec l’ambition de faire les JO de 2018 dans le bobsleigh. Je conseille d’ailleurs son compte Instagram. Il y a aussi à l’homme fort américain Rob Kearney, le premier pro dans son sport à faire son coming out. Ou bien Robbie Manson, qui lui a fait les JO de 2012 en aviron, et qui vise ceux de 2016. Ou bien dans le patinage artistique, un sport qui justement à cause de sa réputation reste très homophobe, le Canadien Eric Radford. Je constate pour ces sportifs que la suite de leur coming out a été marquée par des performances exceptionnelles : que ce soit le fait de se libérer d’un secret qui pèse lourd, ou l’élan de soutien qui arrive maintenant chaque fois après un coming out, on constate que les sportifs, globalement, réussissent mieux après leur coming out.

Le plongeur anglais Tom Daley, a fait son deuxième coming out. Après avoir fait un coming out comme bi l’année dernière, il a déclaré être en fait gay cette année. Et encore une déclaration qui en a inspiré d’autres, notamment celle du plongeur brésilien Ian Matos.

Les pros américains qui ont fait leur coming out l’année dernière continuent d’avoir un impact cette année, comme Jason Collins qui a pris sa retraite après une courte période de pro post-coming out, mais qui a inspiré des sportifs comme le jeune basketteur de première division universitaire américaine Derrick Gordon. Il y a le footballeur Robbie Rogers, dont l’histoire un an après son coming out va inspirer une série comique aux Etats Unis.

Puis il y a le joueur de football américain Michael Sam. C’était bien entendu le coming out de l’année sportive, le plus important et peut être le plus ambiguë. C’est le premier joueur de football américain à la ligue pro, la NFL. Il a fait son coming out alors qu’il était la vedette de son université de Missouri, et on attendait avec impatience s’il serait recru par une équipe lors du « draft », le processus par lequel les différentes équipes de la NFL recrutent de jeune joueurs sortant du sport universitaire. Il a été choisi par les Rams de St Louis, justement dans le Missouri, juste avant la fin des tours de sélection. Il a plutôt bien joué, mais n’a pas été retenu par les Rams après la période probatoire, a priori parce que l’équipe n’avait pas besoin de tant de joueurs à son poste. Il a été recruté ensuite pour l’équipe de réserve de Dallas, mais celle-ci a également libéré Michael Sam.

Difficile de savoir s’il s’agit d’aléas du sport, ou d’homophobie. C’est sûr qu’il y a eu des remous, avec un thème récurrent, « un joueur homo, c’est mauvais car ça perturbe l’équipe ». Mais dans une année où la NFL a été secouée par des crises diverses et variées liées notamment aux joueurs qui battent femmes et enfants, la présence digne, calme et posée de Michael Sam faisait plutôt de lui l’anti-perturbateur. Et Cyd Zeigler d’Outsports a fait des analyses des statistiques de Sam lors de sa carrière universitaire et dans sa courte carrière pro, montrant qu’elles sont égales ou supérieures aux joueurs qui continuent à bénéficier d’un poste dans une équipe pro.

Le documentaire tant attendu produit par Oprah Winfrey vient d’être diffusé. Il évoque plusieurs joueurs dans le placard qui l’auraient contacté. Il peut espérer encore une chance à la NFL, mais certains disent qu’il faudrait qu’il regarde plutôt vers la ligue professionnelle canadienne.

Pour ce qui est de la France, aucun Français n’est présent dans la liste d’Outsports. Bénédicte Mathieu confirme qu’à sa connaissance il n’y a pas eu de coming out de sportif français cette année. C’est quand même étrange, alors qu’il y en a eu des coming out remarqués ailleurs en Europe. Cela dit, il faut pas trop noircir le tableau. Il y a des alliés de marque. On pense à un Frédérick Bousquet, parrain du tournoi GaySportMed à Marseille, et d’autres. Il y a un soutien très fort aux 10èmes Gay Games à Paris en 2018. Il y a eu l’initiative L’homophobie n’a pas sa place dans le sport avec la FSGL, mais aussi la FSGT, le SNEP, et d’autres organisations non LGBT.

En dehors des coming out, l’année a été marqué par le championnat de rugby LGBT, la Bingham Cup, accueillie cette année par l’équipe de Sydney, et surtout de sa couverture médiatique et de l’enquête mondiale sur la participation des LGBT dans le sport qui a été organisée dans le cadre de cette coupe.

Surtout il y a eu les jeux de Sotchi, qui ont montré l’incapacité totale du comité international olympique de mettre en pratique ses principes de non discrimination. Il y a eu les Open Games à Moscou, le premier tournoi multisport international LGBT organisé en Russie, avec succès malgré les efforts des autorités pour les faire capoter, dont un attentat organisé par les forces de sécurité du pays. A défaut d’une Pride House à Sotchi, il y a eu la campagne « Se tenir la main à Sotchi » et des Pride House décentralisées, initiatives que j’ai aidé à coordonner, et qui ont été une réussite, avec 80 événements dans 40 villes. Surtout l’humiliation du CIO en début d’année a influé sur des décisions positives qui ont été concrétisées ce mois ci, avec la réforme du contrat olympique et la révision de la charte olympique, et notamment de son principe 6.

Autre histoire, les efforts de Dutee Chand de lutter contre la politique anti-femme du sport international, et notamment le CIO et la fédération mondiale d’athlétisme. Une première décision du tribunal arbitral du sport est attendu en début d’année.

Il faut quand même revenir au sujet des Pride House, ces lieux de convivialité et d’éducation organisés par la communauté LGBT lors de grande manifestations sportives internationales. En 2012 j’ai aidé à la tenue d’une Pride House lors des JO à Londres, et surtout à en faire un mouvement durable. Cette année on a vu la Pride House la plus importante à Glasgow lors des jeux de la Commonwealth, et les préparatifs d’une Pride House encore plus visible et influente pour l’année à venir, lors des Jeux panaméricains à Toronto. J’aurai d’ailleurs bientôt une annonce à faire relative à un projet que je mène pour cet événement.

Le fait marquant pour le sport LGBT c’est certainement les Gay Games. Les jeux de Cleveland ont été un succès, avec notamment la publication récente par une étude universitaire estimant l’impact économique de 52 millions de dollars. Et surtout une cérémonie de clôture qui a vu le passage du drapeau des Gay Games de l’équipe de Cleveland à celle de Paris, qui accueillera les Gay Games en 2018 avec la devise « Tous égaux ».

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