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Yagg.com / Pour que le petit pas du CIO en faveur de l’égalité ne soit pas le dernier

Posted in FGG, Olympics, Pride House, sport, web, Yagg by marcnaimark on 2014/09/26

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Certaines organisations, celles qui ont le plus profité de la visibilité offerte par le choix du Comité international olympique de tenir les derniers Jeux olympiques d’hiver à Sotchi dans la si homophobe Russie, étaient ravies de crier victoire lors de l’annonce faite par le CIO qu’une clause interdisant la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle serait incluse dans le contrat liant le CIO et la ville hôte pour la prochaine sélection.

L’on comprend que des groupes qui cherchent à se rendre plus visibles, à améliorer leur couverture médiatique, et augmenter leur potentiel en matière de récolte de fonds pourriaent décrire cette annonce comme une victoire qui leur incombe (tout en ignorant des groupes avec un engagement plus long et plus durable en la matière, par exemple la Fédération des Gay Games, Human Rights Watch, ou le mouvement Pride House). Que quel est l’apport de cette modification de contrat ? Que faudrait-il que fasse le CIO pour changer réellement le mouvement olympique pour respect le principe du sport pour tous, dont les sportif/ves LGBT ? Considérons d’abord la révision proposée du contrat. Voici la nouvelle clause L du contrat (notre traduction) :

Attendu que la Ville et le comité olympique national reconnaissent et acceptent l’importance des Jeux et la valeur de l’image olympique, et conviennent de conduire l’ensemble des activités d’une manière qui promeut et valorise les principes fondamentaux et les valeurs de l’Olympisme, en particulier la prohibition de toute forme de discrimination à l’égard d’un pays ou d’une personne fondée sur des considérations de race, de religion, de politique, de sexe ou autres, ainsi que le développement du mouvement olympique.

Et voici la même clause dans le contrat pour Londres 2012 :

Attendu que la Ville et le comité olympique national reconnaissent et acceptent l’importance des Jeux et la valeur de l’image olympique, et conviennent de conduire l’ensemble des activités d’une manière qui promeut et valorise les principes fondamentaux et les valeurs de l’Olympisme, ainsi que le développement du mouvement olympique

Seule différence, les mots en gras, tirés directement du Principe 6 de la Charte olympique. De toute façon, comme on pourrait s’y attendre, la Charte olympique était déjà intégrée dans le contrat ancien, notamment ici (notre traduction) :

La Ville, le comité olympique national, et le comité d’organisation assureront la promotion des principes fondamentaux et des valeurs de l’Olympisme, dont, et sans limite, leurs aspects sociaux, éducatifs, esthétiques, et moraux comme approuvés par le CIO en conformité des les Principes fondamentaux de la Charte olympique.

Le grand pas en avant serait alors qu’on ait copié du langage existant vers une autre clause. Mais quoi que dise All Out et Athlete Ally, ce langage ne porte nullement sur l’homophobie, ni à l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Depuis le lancement en 2010 de sa campagne Principe 5 (puisque le principe 6 de la Charte était auparavant numéroté comme principe 5) la Fédération des Gay Games, comme beaucoup d’autres (à part Athlete Ally et All Out), a réclémé la révision de la Charte olympique pour faire de la protection contre la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle une exigence fondamentale du mouvement olympique. Pride House International a inclus cette demande dans ses appels au CIO avant et pendant les Jeux de Sotchi. Au cours de cette même période, Jacques Rogge et son successeur comme président d CIO Thomas Bach ont insisté sur une interprétation du Principe 6 qui ferait en sorte que le mot « autres » porte sur l’orientation sexuelle ; Si le CIO dans son ensemble soutient une telle interprétation, il devrait être facile de modifier le texte pour le rendre explicite. Et sinon, cela veut dire que la modification du contrat avec la ville hôte est sans effet aucun pour ce qui est des LGBT. Même si l’on voulait être assez généreux pour croire que cette modification du contrat soit significative, et qu’elle porte réellement sur l’orientation sexuelle, comment cet engagement sera-t-il suivi ? Le CIO va-t-il s’associer avec des ONG du domaine du sport LGBT et des droits de l’homme pour assurer une vigilance à ce sujet ? Et plus important encore, comment le respect de ces engagements contractuels sera-t-il garanti ? Il y a plein de mécanismes envisageables, mais si cette modification se limite à une déclaration de bonnes intentions, il n’y aura aucune sécurité pour les sportifs gay et les sportives lesbiennes participant aux JO. De telle mesures de contrôle et suivi étaient prévues dans les contributions au projet Agenda 2020 du CIO d’organisations comme la Fédération des Gay Games, Human Rights Watch, et certains comités olympiques nationaux de l’Europe. L’Agenda 2020 ne sera entériné qu’au mois de décembre 2014, et ce serait très significatif si le CIO incorporait ces suggestions qui dépassent de loin un tripotage des attendus contractuels. Toutes ces discussions ne concernent que le pays hôte des JO eux mêmes. Mais le véritable impact de l’homophobie dans le sport se trouve bien en amont des épreuves olympiques. Si l’on regarde des manifestations semblables, on peut voir le cas du Nigéria, où l’équipe de foot natioale a interdit les lesbiennes, sans être inquiétée par la FIFA. Ou plus récemment, le cas de Thierry Essamba, viré cet été de l’équipe nationale d’athlétisme du Cameroun avant les jeux de la Commonwealth à la suite de rumeurs d’homosexualité. Exclu de son équipe, de son sport, et désormais de sa famille suite à cette publicité, Thierry Essamba n’a reçu aucun soutien de la fédération des jeux de la Commonwealth (CGF). Et ceci malgré les propos tenus par son porte-parole en 2013 indiquant que : « jusqu’à ce qu’un pays interdit spécifiquement un sportif de faire de la compétition, ou fait quelque chose qui pourrait toucher directement au sport, aucune action ne sera prise contre des pays membres [homophobes] ». Voici un cas évident de discrimination homophobe touchant au sport, avec l’organisme responsable qui ne fait rien. C’est trop facile pour des organisations comme la FIFA, la CGF, ou le CIO de prétendre protéger des sportif/ves lors de leurs compétitions, tout en laissant oeuvrer leurs pays membres homohobes dans les inquiéter. Si des sportifs gais et sportives lesbiennes sont empêchées de venir à ces manifestations, les garanties de protection ne veulent rien dire. Il n’y a pas de gloire à protéger les absents. Thomas Bach est de toute évidence plus éclairé que d’autres présidents du CIO. Il travaille au sein d’une organisation composée de pays membres bien moins éclairés, et l’on comprend que le progrès sera lent, même au sein du CIO, sans parler de ses pays membres. C’est admirable que Bach ait reconnu que le sport n’existe pas dans une tour d’ivoire, et qu’il est intimement lié au contexte économique, social, et politique qui l’entoure, en déclarant la semaine dernière que « pour assurer le fonctionnement du sport mondial, il nous faut être politiquement neutre, mais aussi comprendre que nos décisions ont des implications politiques. » C’était ambitieux pour Bach de lancer le processus Agenda 2020 au début de son mandat, et d’inclure la discrimination homophobe dans ce projet. Lui, et le CIO, doivent faire plus que cette modification mineure d’un contrat. Beaucoup de personnes intéressées attendent de voir si les diverses contributions en faveur des droits de l’homme seront intégrées au document final au mois de décembre. Le mouvement olympique dépasse, selon ses propres déclarations, un événement biennal. Il prétend concerner l’ensemble du monde sportif. Ses pratiques et ses politiques inspirent celles de nombreuses autres organisations sportives dans le monde. Il est peut être impossible de changer les politiques dans les plus de 100 pays membres du CIO, mais au sein du CIO lui même, l’organisation a besoin d’être à l’avant-garde du progrès, et faire les les changements idoines pour assurer que le sport soit pour tous, même pour les sportif/ves homosexuel.le.s.x

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