Marc Naimark's writing and interviews _____________________________________________________

Yagg.com / Les sportifs et sportives vivent le plus souvent leur coming-out comme une libération qui les rend plus performant.e.s

Posted in sport, web, Yagg by marcnaimark on 2014/04/26

blogyaggcomingoutFrom Yagg.com:


Le 7 avril, en même temps qu’elle organisait le championnat du monde scolaire de tennis de table à Ceyrat près de Clermont-Ferrand, l’Union nationale de sport scolaire (UNSS) a tenu son troisième Forum international, cette année consacré au thème «Éthique et sport». Le forum s’est déroulé sous forme de quatre tables rondes, consacrées au sexisme, au handicap, au racisme… et à l’homophobie.

L’événement était très bien organisé, dans d’excellentes conditions, et sans prétention personnelle, rassemblait des intervenants de qualité. Les débats étaient menés par François Constantin, qui, tout en prétendant ignorer tout du sport, a fait preuve d’une grande sensibilité par rapport aux thèmes discutés. Surtout il y avait un public trop rare par ailleurs: des jeunes, sport scolaire oblige, avec une vingtaine de collégien.ne.s et une autre vingtaine d’étudiant.e.s en Sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps).

À la table «homophobie», je me retrouvais aux côtés de Stéphane Héas, sociologue de l’université de Rennes, de Jacques Lizé de Paris Foot Gay, et de Michaël Bouvard de SOS homophobie, avec comme rapportrice Anna Aubois, vice-présidente du Conseil régional d’Auvergne, chargée notamment du sport.

Dans la description de cette table, je trouvais déjà de quoi contester. On y évoquait une «omertà» sur l’homophobie dans le sport. Or, il n’y a plus de silence par rapport à cette question. Même si la France est en retard par rapport à d’autres pays comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, comment prétendre qu’on ne parle pas d’homophobie dans le sport? Ce qui était peut être vrai il y a dix ans ne l’est plus.

Le problème est moins que les gens ne parlent pas d’homophobie, mais que beaucoup ne veulent pas écouter lorsqu’on en parle. Combien de fois ne lit-on pas dans les commentaires sur un coming-out, par exemple, des propos comme «on s’en fout de sa sexualité, ça n’a rien à voir avec le sport», ignorant la réalité de l’homophobie, la rareté des coming-outs, et le fait que le sport ne concerne pas que les terrains et les bassins, mais aussi tout ce qui l’entoure comme lieu de sociabilité, de même que le sport n’existe pas en espace cloisonné, mais fait partie intégrante de la vie de chaque sportif et sportive, au même titre que sa vie professionnelle, sa vie spirituelle, etc.

Globalement, je trouvais les membres de cette table un peu trop pessimistes. Ils ont certes les chiffres de leur côté, que ce soient les appels reçus par SOS homophobie, les enquêtes de Paris Foot Gay, ou les recherches de Stéphane Héas. Mais ça, c’est un peu de la théorie. Dans la pratique les coming-outs de sportifs/ves ont été globalement des moments positifs. Les craintes d’autrefois étaient des injures voire des violences, choses qui se sont peu produites dans les faits. Alors on change d’inquiétude, en évoquant désormais le «cirque médiatique» autour des coming-outs. Mais le cas récent de Jason Collins montre qu’au-delà de quelques remous (davantage dans la presse LGBT qu’ailleurs), le cirque n’a pas eu lieu. Et même les craintes par rapport à l’impact économique d’un coming-out sur les joueurs semble fausses: le maillot de Jason Collins est celui qui se vend le mieux dans la NBA.

J’ai déjà pu contester le message de Paris Foot Gay consistant à mettre en garde les footballeurs professionnels de ne pas faire leur coming-out, tant les instances sportives et la société de manière plus générale ne sont pas prêtes à l’accepter. Or, c’est un message souvent entendu, mais rarement démontré dans les faits. La grande majorité des sportifs et sportives qui font leur coming-out le font pour leur plus grand bonheur. Le jour où un joueur de Ligue 1 fera son coming-out, il subira sans doute un certain nombre d’injures et d’insultes. Il passera un moment difficile. Mais comment le condamner à une vie dans le secret? Quelle est la peine la plus lourde: quelques semaines pénibles, ou toute une carrière où il doit se cacher, voire jouer un double jeu pour dissimuler son orientation sexuelle?

Dans les faits, le plus souvent, les sportifs et sportives out regrettent d’avoir attendu, et vivent leur coming-out comme une libération qui les rend plus performant.e.s. Dans le film Sport et homosexualité: c’est quoi le problème? de Michel Royer, le triathlète Carl Blasco déclare qu’il avait peur de faire son coming-out, car être gay, c’est (ou c’est perçu) comme une faiblesse. Or, il semble plus probable que faire son coming-out serait signe de force, et en tout cas, une libération d’un secret trop lourd. À ce propos, une personne présente au forum qui connaissait bien Carl Blasco m’a dit qu’elle regrettait qu’il n’ait pas fait confiance à un entourage qui sentait une différence, mais sans pouvoir l’aider. Quel impact sur sa carrière aurait eu un coming-out plus précoce?

Et faut-il de toute façon s’attendre à un coming-out fracassant dans le sport professionnel en France? N’est-ce pas plus probable que le premier joueur de Ligue 1 ouvertement gay sera un jeune joueur qui aura toujours été out, et qui montera avec ce statut d’échelon en échelon tout naturellement pour finir dans un club d’élite?

C’est en ça que j’étais heureux que ce forum soit organisé par l’UNSS, car à mon avis, c’est à travers un travail dans le cadre du sport scolaire et des clubs formant les jeunes joueurs qu’on trouvera le progrès tant attendu.

Le Paris Foot Gay et les autres n’ont pas tort: il y a tant à faire dans le sport institutionnel que leurs peines ne sont pas perdues. Mais faisons confiance aussi à la jeunesse, comme cet étudiant en Staps qui trouvait que la pratique sportive qu’il connaît est encore bourrée d’injures et d’attitudes homophobes. Mais lorsque je lui ai demandé ce qui se passerait dans son équipe si un camarade disait à ses équipiers qu’il était gay et que leurs propos le blessaient, il a répondu, certes après un moment de réflexion, qu’il était probable qu’une telle révélation les inciterait à être plus réfléchis dans leurs paroles et leurs gestes.

Cette réponse était une belle surprise du forum. Une autre, peut-être encore plus grande, était d’entendre la volonté du directeur de l’UNSS d’associer le sport scolaire aux prochains Gay Games de Paris en 2018. Pour former les éducateurs sportifs, c’est vrai qu’un événement majeur comme les Gay Games, basé sur le sport comme outil de lutte contre la discrimination, pourrait donner un sacré coup d’accélérateur vers le sport pour tou.te.s en France. Et cette volonté montre que la lutte contre l’homophobie dans le sport, avant d’être un sujet de sanctions et de manifestations, doit être une question d’éducation.

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