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Slate.fr / Faire son coming out après avoir pris sa retraite sportive peut changer des vies; le faire avant peut en changer bien davantage

Posted in Slate.fr, sport, Uncategorized, web by marcnaimark on 2014/01/14

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Le footballer allemand Thomas Hitzlsperger a fait son coming out au cours d’une interview accordée à Die Zeit, el 8 janvier. S’il n’est pas une star, il n’en est pas moins un professionnel à la très belle carrière qui a joué pour trois excellentes équipes anglaises ainsi que pour la Lazio de Rome. Il a également disputé 52 matchs dans l’équipe nationale allemande; il évolue donc dans les plus hautes sphères de ce sport.

Si le Suédois Anton Hysén a fait son coming out en mars 2011 et Robbie Rogers en février 2013, Hitzlsperger est le premier joueur de haut niveau bénéficiant d’une visibilité internationale à sortir du placard. Hélas, Hitzlsperger a pris sa retraite en septembre dernier et il ne jouera pas, professionnellement, en tant que footballeur ouvertement gay. Tous mes vœux à Hitzlsperger, souhaitons-lui bonne route, mais à quel point mérite-t-il des félicitations pour ce coming out?

Les coming out sont très rares dans le milieu de la compétition sportive, en tout cas chez les hommes. David Kopay, l’ambassadeur des Gay Games, a annoncé son homosexualité après avoir pris sa retraite de la NFL, tout comme Esera Tuaolo bien plus tard. Cela a aussi été le cas de l’ancien basketteur de la NBA John Amaechi et du joueur de baseball Billy Bean de la MLB, tous des ambassadeurs des Gay Games et tous d’ardents militants de la lutte contre l’homophobie dans le sport.

Bien qu’ils aient pris leur retraite, leur impact vient de leur volonté de partager leur expérience de sportifs ayant dissimulé leur homosexualité et de leur volonté de faciliter les coming out. Mais ce qui était singulièrement héroïque pour Kopay en 1975 et même pour Tuaolo en 2002 ou Amaechi en 2007 ne devrait plus être aussi dur aujourd’hui. Beaucoup de choses ont changé en un temps très court, et nos attentes se sont élevées d’un cran, à juste titre.

Une sphère privée et personnelle

En principe, l’orientation sexuelle des sportifs ne devrait pas être rendue publique. Lamanière dont a été traité Aaron Rodgers, le quarterback des Packers de Green Bay est honteuse. Exposer l’orientation sexuelle de quelqu’un peut être légitime quand une personne publique prend position contre les droits des LGBTQ, mais la sexualité relève de la sphère privée et personnelle.

Ceci posé, un sportif qui fait son coming out devient de fait un modèle pour les autres, et en particulier pour les jeunes qui se sentent exclus du sport par une homophobie réelle ou imaginaire. Ceci est vrai, que le sportif soit actif ou à la retraite, mais l’impact est moindre dans ce dernier cas.

Lorsque Robbie Rogers a révélé son homosexualité l’année dernière, il l’a fait en même temps qu’il annonçait son départ en retraite. J’ai eu la même réaction en l’apprenant que pour Hitzlsperger: génial, félicitations, bonne chance, mais… et alors? Certains LGBTQ font leur coming out dans des conditions bien plus difficiles: ils risquent le rejet, la violence, l’expulsion de leur domicile et même la mort des mains de leur famille.

Donc si j’ai été heureux pour Rogers et ravi d’avoir un nouveau sportif ouvertement gay, je n’ai pas eu l’impression que son coming out ait eu un grand impact en soi.

Depuis, Rogers est revenu au football professionnel avec les Galaxy de Los Angeles, mais surtout, avant même de revenir chez les professionnels, il était devenu un excellent défenseur de la cause de l’intégration des LGBTQ. La carrière de Jason Collins à la NBA n’était pas officiellement terminée lorsqu’il a fait son coming out en avril 2013, mais il n’avait pas signé de contrat à l’époque et à ce jour n’a toujours pas reçu de proposition. Mais lui aussi est devenu un représentant des LGBTQ depuis sa sortie du placard, et il a d’ailleurs pris la parole lors d’un événement historique aux Nations unies en décembre.

Un modèle pour les plus jeunes

Des centaines de milliers de sportifs assument leur homosexualité dans le monde. Ils participent à des compétitions sportives classiques, à des événements sportifs LGBTQ comme les Eurogames ou les Gay Games. Ils envoient aux sports classiques le message que les athlètes LGBTQ existent, et à la communauté LGBTQ que le sport est une partie de la culture gay aussi légitime que les autres. Ce sont eux, les héros oubliés, lorsque nous devenons obsédés par les célébrités sortant de leurs placards.

Nous devons apprécier à leur juste valeur les athlètes de haut niveau qui font leur coming out. Mais le moment qu’ils choisissent pour le faire importe beaucoup. Parmi les craintes qui empêchent les athlètes, et tout particulièrement les jeunes, de sortir du placard figure celle qu’une partie de leur identité, le sport, soit sacrifiée s’ils s’ouvrent sur une autre facette de leur personnalité, leur sexualité.

Lorsque les sportifs attendent de prendre leur retraite pour faire leur coming out, ils ne font rien pour apaiser ces craintes (et même les confirment indirectement). La seule manière de montrer aux jeunes qu’être un grand athlète et être gay n’est pas incompatible consiste à créer un monde où c’est possible, en étant un excellent athlète gay. Si en partant à la retraite, Robbie Rogers s’est changé en ardent défenseur de la cause, il l’est devenu bien davantage en reprenant le sport.

Les sportifs qui ont fait leur coming out alors qu’ils étaient encore en activité, comme les plongeurs Matthew Mitcham et Tom Daley ou le footballeur Anton Hysén[1], sont d’excellents modèles simplement en s’affichant comme des athlètes gays ou bi et fiers de l’être. Les sportifs qui pensent que ce qu’ils font a un impact sur le monde peuvent transformer cette opinion en réalité en sortant du placard pendant qu’ils sont encore actifs dans leur sport. N’attendez pas: faire son coming out après avoir pris sa retraite peut changer des vies; le faire avant peut en changer bien davantage.

La décision de Thomas Hitzlsperger d’annoncer son homosexualité aujourd’hui mérite d’être applaudie. S’il l’avait fait il y a deux ans, il aurait mérité une standing ovation. Il ne peut remonter le temps, et ce qu’il fait aujourd’hui en tant que militant est important. Dans le monde du football, marqué à juste titre par une réputation d’homophobie, il faut que des voix fortes s’élèvent pour promouvoir le changement. Hitzlsperger a déjà évoqué son désir d’œuvrer à faire progresser les mentalités sur le sujet, tout particulièrement dans le monde du foot. Et je suis certain qu’aux Gay Games à Akron en août, ou lors du championnat européen de football LGBTQ à Hambourg, il y aura une foule d’équipes de foot gays qui adoreront compter un bon milieu de terrain dans leurs rangs.

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