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Slate.fr / Droits des homosexuels: les athlètes de Sotchi n’ont pas à respecter les règles russes de «l’hospitalité»

Posted in Olympics, Pride House, Slate.fr, sport, Uncategorized by marcnaimark on 2013/08/27

blogslatefrhospitalityFrom Slate.fr (with Charley Sullivan):
http://www.slate.fr/tribune/76914/sotchi-jeux-olympiques-hiver-homosexuels


Nombreux, parmi ceux qui veulent éviter de provoquer des remous lors des Jeux olympiques d’hiver à Sotchi, évoquent le besoin de respecter les lois russes, y compris celles réprimant la liberté d’expression des personnes LGBT et leurs alliés.

Certains justifient ce comportement par l’argument que les sportifs sont des «invités» de leurs «hôtes» russes, et que lorsqu’on est invité chez quelqu’un, on respecte les règles de la maison. Avant son bienvenu changement d’attitude, le coureur américain de demi-fond Nick Symmonds avait comparé le silence discret qu’il prévoyait de maintenir aux derniers Championnats du monde d’athlétisme à Moscou au fait de s’abstenir de trouver à redire sur l’éducation d’un enfant lorsqu’on rend visite à sa famille. A la fin, Symmonds a fini par être l’un des trop rares sportifs courageux à Moscou, mais trop de sportifs et responsables du mouvement sportif semblent accepter cette analogie hasardeuse.

Il y a quelques jours, le patineur américain Jeremy Abbott déclarait:

«La Russie nous invite. Je ne vais pas aller chez quelqu’un et dire que leur déco est hideuse et qu’il faut la refaire pour que je daigne revenir. C’est plutôt mal élevé, donc je ne veux pas dire du mal d’un pays qui invite le monde à venir.»

Prestataires de services

Cette analogie ne tient pas debout.

Les comités d’organisation des Jeux olympiques ne sont pas des hôtes, ni des chefs de famille. Ce sont des prestataires de service qui ont répondu à un appel d’offres pour exploiter la propriété intellectuelle du CIO dans un contrat qui doit bénéficier aux deux parties.

Aucun sportif n’a exigé de concourir à Sotchi en particulier. Ce sont les Russes qui ont demandé le privilège d’organiser les JO de 2014 pour des raisons qui leur sont propres, mais l’hospitalité altruiste n’en fait pas partie.

En gagnant ce marché, les Russes ont adhéré aux valeurs et aux principes du mouvement olympique, notamment le principe 4 (le sport est un droit de l’homme) et le principe 6 (non discrimination) de la Charte olympique. Le gouvernement russe a signé un contrat avec le CIO, et le CIO doit le faire —et se faire— respecter.

Quand on choisit une destination de vacances ou qu’on part en voyage d’affaires, on accepte qu’il faudra obéir aux lois et aux coutumes du pays. On est un invité, et le pays est son hôte. De ce fait, nous sommes nombreux à tenir une liste de pays où l’on refuse de se rendre, à la fois parce qu’on ne veut pas soutenir un régime injuste et pour éviter de devoir se conformer à des lois intolérables.

Mais les milliers de compétiteurs de Sotchi ne seront pas une bande de touristes qui atterriront par hasard sur les rives de la Mer noire en février 2014. Les sportifs (et leurs entraîneurs, leur encadrement, etc.) n’ont pas le choix du lieu où se déroulent les JO. S’ils veulent concourir, ils iront à Sotchi et nulle part ailleurs.

En tant que client responsable de ce contrat, le CIO a des devoirs envers les sportifs. Il n’est pas un observateur innocent de cette législation. Il est le propriétaire de la manifestation: le drapeau russe sera hissé au-dessus des équipements sportifs de Sotchi, mais aussi les anneaux du drapeau olympique.

Des clients qui doivent être respectés

Le CIO déclare que le sport est un droit de l’homme et qu’il souhaite valoriser le sport pour tous. Mais en même temps, il indique qu’il veut bien se contenter des garanties russes que personne ne sera arrêté à Sotchi pour le simple fait de son homosexualité, une chose dont il n’a jamais été question de toute façon. Ceci tout en persisant à ignorer le fait que la «propagande» interdite lors des JO sera tout ce que les Russes (et le CIO lui-même) considère comme telle.

Cela ne suffit pas. Les sportifs des JO sont des clients dont les droits contractuels sont en train d’être entamés. En tout cas, il ne faut plus évoquer l’analogie de l’hospitalité lorsqu’il s’agit de discuter des comportements souhaitables ou conseillés à Sotchi. Comme tout client qui se respecte, quand on n’obtient pas ce que l’on a payé, on fait une réclamation ou on regarde ailleurs.

Si une femme peut bien respecter les goûts de sa belle-mère en se rendant chez elle à Noël, une sportive ne doit pas se voir menacée du fait de la couleur de son vernis à ongles. Et s’il est parfois malvenu de se montrer trop affectueux dans tel ou tel établissement commercial, un patineur devrait pouvoir embrasser son compagnon après avoir remporté une médaille d’or. Et toute personne présente à Sotchi devrait pouvoir prendre la main d’une personne, homme ou femme, dans l’esprit de la Charte olympique.

Défendre la Charte olympique n’est pas un acte politique, ni un faux pas mondain: c’est tout simplement un devoir d’agir face à l’injustice.

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