Marc Naimark's writing and interviews _____________________________________________________

Pour mieux comprendre le débat sur l’assurance santé aux USA : l’état actuel

Posted in Uncategorized by marcnaimark on 2009/09/09

blogacaC’est un mythe que les Américains ne sont pas assurés. C’est juste qu’ils sont mal assurés.

Les pauvres bénéficient d’une assurance santé “Medicaid” financée paritairement par le gouvernement fédéral et par les états. Les personnes âgées bénéficient d’une assurance santé “Medicare” financée par le gouvernement fédéral. Depuis peu, cette assurance comprend les médicaments, alors qu’auparavant, les coûts parfois élevés pour les produits pharmaceutiques n’étaient pas pris en charge. Un programme spécifique aux enfants de familles pauvres existe qui permet une prise en charge par les états d’enfants de familles pas assez pauvres pour bénéficier de Medicaid.

Pour les autres, la situation varie. Depuis la deuxième guerre mondiale, la règle est que c’est les employeurs assurent leurs salariés. Ce n’est pas du tout une obligation, c’est juste un usage. C’est un avantage en nature qui n’est pas soumis à l’impôt, ni pour les bénéficiaires, ni pour l’employeur, donc une prestation plus intéressante qu’une simple augmentation de salaire. Cet état provient du gel des salaires en vigueur lors de la guerre, le gouvernement fédéral autorisant les employeurs à la recherche de main d’oeuvre rare de proposer de telle prestations sociales à la place d’une hausse de salaire.

Mais ces prestations sont réservées normalement aux salariés à plein temps. Avec l’augmentation des emplois précaires et à temps partiel, de moins en moins de salariés bénéficient de cette couverture. On se souvient d’une grande grève chez UPS pour étendre le bénéfice de l’assurance santé aux travailleurs à temps partiel, du fait que la politique officielle ou officieuse de l’entreprise était de maintenir la quasi totalité de la main d’oeuvre en temps partiel pour éviter ce coût. Et une maladie coûteuse ou longue, ou un état qui engendre un licenciement de fait, privera le salarié et ses ayant droit de toute couverture.

Par ailleurs, un salarié licencié perd sa couverture santé (une loi assez récente lui autorise de la garder un certain temps, mais en payant de sa poche la part de l’employeur). Changer d’emploi implique souvent perdre son assurance santé. Et quoi qu’il en soit, les couvertures sont de moins en moins généreuses, avec des prestations moins bien remboursées, ou l’obligation de payer des franchises plus importantes. Par ailleurs, l’implication de l’employeur dans l’assurance santé lui donne un droit de regard sur la vie privée de ses salariés, avec licenciements ou refus d’embauche pour des salariés gros, buveurs, fumeurs, etc., au prétexte qu’ils coûtent plus cher à l’entreprise.

De manière générale, les assurances santé aux USA prennent en charge plutôt mal tout ce qui est soins courants et médicaments. Les polices sont orientées davantage vers l’hospitalisation, ce qui fait que des affections qui seraient traitées par des médicaments ou des appareillages ici sont souvent traitées par des interventions chirurgicales aux USA. Parfois, du fait de cette mauvaise prise en charge, les malades qui ne peuvent bénéficier de soins courants attendent d’être très mal en point pour justifier une hospitalisation. Et si les services des urgences ont l’obligation de soigner toute personne sans considération de son statut d’assuré, ils vont néanmoins facturer le malade pour les soins coûteux prodigués. S’il est assuré, tant mieux pour lui. Sinon, un séjour aux urgences peut valoir une faillite personnelle. De surcroît, face aux difficultés de se faire payer, de nombreux hôpitaux ferment tout simplement leurs services d’urgence.

Les assureurs sont prompts à refuser des soins, et à trouver le moindre prétexte pour annuler une police (“vous avez un cancer du sein ? mais vous ne nous avez pas dit que votre grande tante avait elle aussi un cancer du sein ! radiée, madame !”). Quasi toute décision de traitement d’un médecin devra être soumise pour prise en charge préalable de l’assureur.

Et avec tout cela, et tant d’Américains pas couverts, ou mal couverts, les USA paient le double par tête pour la santé que la France, pourtant assez gourmande en la matière. L’espérance de vie y est plus courte, le taux de mortalité infantile plus élevé. Et ils restent certains commentateurs et élus de droite pour insister que les USA bénéficient du meilleur système de santé au monde. La preuve : tous les riches qui viennent de partout au monde pour s’y faire soigner…l

— Marc Naimark

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